Marina Baie des Anges: d'hier et aujourd'hui

 

Il faut imaginer au long des siècles, cette étroite bande côtière, entre les collines, et les petits espaces lagunaires d’un rivage méditerranéen très inhospitalier. Par là s’engouffrèrent les légions conquérantes de Jules César. Dès lors la circulation entre les provinces gallo-romaines et Rome, la capitale, allait pour toujours vouer ce couloir au passage des hommes et des marchandises. Et nous pouvons aujourd’hui, à tout instant, depuis nos coursives, mesurer l’importance de cet axe !
Jusqu’au milieu du XIXème siècle la population est absente de notre littoral proche. La côte est marécageuse, infestée par les moustiques et la malaria. De plus elle fut longtemps sous la menace de pirates barbaresques qui y effectuaient de terribles razzias. D’où les magnifiques villages de notre arrière pays, refuges et sites défensifs construits sur les hauteurs. Rois et princes ont aussi voulu protéger la population en édifiant des bastions et des forts, comme celui d’Antibes ; à Marina l’avenue de la Batterie rappelle la présence passée des artilleurs !

 

A partir de 1855 commença la construction de la voie ferrée, particulièrement facile, entre Antibes et Nice, sur cette plaine littorale encore à peu près déserte.
Dès le second Empire, allait naître la Côte d’Azur. Par le train, une nouvelle invasion, venue du nord, déferla vers le sud, les cours d’Angleterre, de Russie, aristocrates et riches bourgeois vinrent ici hiverner; attirèrent artistes, architectes, constructeurs, paysagistes et y édifièrent palais, théâtres, villas, jardins, hôtels, en cette fin fastueuse du XIXème siècle.
Puis vint le XXème. Au début, pendant la Belle Epoque, se perpétuent les pratiques récentes. Les mythiques trains de nuit, Mistral, Train Bleu, traversent à toute allure Villeneuve-Loubet alors que l’un de ses enfants, Auguste Escoffier s’illustre dans les cuisines des palaces…
Puis ce fut l’automobile. Et les vacances en toute liberté, et le goût pour le soleil, la mer, les plaisirs balnéaires de l’été, la navigation de plaisance. A son tour la nationale 7 entre dans la légende (notre N7 avec ses boutiques et ses grandes enseignes !). Le grand Charles en chante les charmes :

 

" Route des vacances,
Qui fait d’Paris un p’tit faubourg d’Valence
Et la banlieue d’Saint-Paul de Vence !
"


Trenet avait raison, mais c’est surtout vrai aujourd’hui avec Air France et Easy Jet !
Après la guerre tout s’accélère encore, ce sont les « trente glorieuses ». Après la voie ferrée et le bitume de la N7, voici l’autoroute A8 qui accentue la coupure entre le village de Villeneuve-Loubet et les maisons qui, depuis quelques années, s’étaient construites aux bouches du Loup. Villeneuve-Loubet est encore un village modeste, et déjà partagé en deux agglomérations…
Le décor est planté, c’est le moment pour Marina-Baie des Anges d’entrer en scène.

 

La naissance de Marina


Transformer en prestigieuse résidence un médiocre marécage, c’est comme muer le plomb en or: il fallait un alchimiste. Il y eut un pharmacien.
C’est Lucien Nouvel, figure importante de l’industrie pharmaceutique, qui en eut l’idée et acquit auprès de plusieurs propriétaires les terrains nécessaires. Nous étions au début des années soixante, le contexte économique était porteur, c’était l’âge d’or des promoteurs immobiliers…
La conception des immeubles, du port, l’utilisation de l’espace, ne se sont pas imposés d’emblée, tels qu’on peut les apprécier aujourd’hui. Il y a eu au moins deux projets ; C’est à André Minangoy que l’on doit le concept finalement retenu pour cette marina. Puis Michel Néron et le Grand prix de Rome Michel Marot ont été associés pour la conception architecturale. Pendant ce temps Lucien Nouvel s’est retiré, et c’est Jean Marchand qui devient le seul promoteur de cette importante opération immobilière.
C’est donc une équipe réduite composée de MM. Minangoy, Néron, Marot et Marchand qui aboutit en 1968 : le dossier est techniquement et administrativement bouclé , les travaux peuvent commencer.


Au début ils seront conduits à toute allure. L’Amiral est livré en 1970.

Le Commodore suivra en 1972. Puis viendra le Ducal, le plus grand, dont la construction étalée, en plusieurs tranches, se prolongera plusieurs années jusqu’à la fin des années quatre-vingt. Enfin le Baronnet est livré en 1993. Le port de plaisance, la plupart des commerces et le centre de thalassothérapie (Biovimer) ont également été construits vers la fin.
Marina-Baie des Anges est donc bien une jeune cité qui n’a pas encore atteint l âge de la majorité !
Depuis la naissance du projet, pendant la construction des immeubles, et même après, Marina-Baie des Anges a fait couler beaucoup d’encre ! Que de polémiques ! Les archives de Nice-Matin sont riches à cet égard, comme la presse nationale. Maintenant les opposants se sont tus. La qualité architecturale, l’intégration dans le paysages de ces courbes harmonieuses, de quelque côté qu’on les observe, la satisfaction des résidents, ont fait taire la critique.
Dès sa création par le Ministre de la Culture et de la Communication, en 2001, le label « Patrimoine du XXème siècle » a été décerné à Marina-Baie des Anges, avec la mention : André Minangoy, architecte, 1969-93...

 

Marina aujourd’hui

Ce sont environ 16 hectares dont la moitié en espaces verts. La végétation très variée, bien développée maintenant, les pins devenus magnifiques, les nombreux oiseaux, de diverses espèces, terrestres ou aquatiques, et la mer qui l’entoure, confèrent à cet espace une ambiance exceptionnelle


Les constructions s’y insèrent harmonieusement malgré leurs impressionnantes dimensions. Il y a quatre immeubles principaux du plus grand au plus petit : le Ducal, au nord, qui culmine à 70 mètres (22 étages), le Commodore qui le complète au long de la Croisette, l’Amiral le plus ancien, et le Baronnet, le petit dernier…Tout cela représente plus de 1500 appartements et une capacité d’accueil qui dépasse les 5000 âmes.
Le port de plaisance comporte environ 550 postes d’amarrage et un chantier naval le borde, permettant l’entretien des bateaux et leur mise à l’eau.
Une galerie marchande longe le Quai d’honneur du port de plaisance, au pied du Ducal et du Commodore, le long de ce que les Mariniens nomment « Croisette ». Près de soixante commerces y proposent leurs services.

 


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